Sois une femme ma fille, les confidences d’une femme en politique,Latifa Chay.

SOIS UNE FEMME MA FILLE : D’une tour HLM au deuxième tour d’une élection nationale de Latifa Chay est une biographie aux accents d’amour, ceux d’une enfant à sa mère défunte vivante mais vidée de sa personnalité d’avant emportée par une forme d’Alzheimer. Avec une plume énergique teintée de poésie, Latifa Chay nous livre son expérience comme une transmission nécessaire. Elle énumère les obstacles qui jalonnent le parcours d’une femme d’origine maghrébine qui s’engage politiquement pour apporter plus de justice et d’égalité par l’action. Latifa se raconte sans tabous. Le racisme, la discrimination, le sexisme, les manigances politiciennes, elle dit tout en s’adressant tour à tour au lecteur et à sa mère.

Questions

1 Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire ce livre ?

Parce qu’écrire, c’est parler sans être interrompue. Cela m’a permis d’aller plus loin dans la réflexion et prendre de la hauteur par rapport aux nombreux évènements vécus.

2 Quels retours en avez-vous eu ?

Je n’ai eu que des retours positifs et parfois des confidences de mes lecteurs sur plusieurs pages tant mon récit a ou faire écho au leur. De manière générale, il y beaucoup de bienveillance dans les mots, de l’empathie, et même de l’énergie pour aborder la suite.

Une femme réfractaire à la politique est aller s’inscrire sur les listes électorales pour la première fois de sa vie et a tenu à le partager avec moi, des élèves  premières m’ont dit « que depuis qu’ils m’avaient lu, ils savaient que malgré les obstacles dans la vie, ils pouvaient réaliser leurs rêves », un homme a offert mon livre à ses enfants et petits enfants pour Noel, un homme m’a raconté la maladie de son épouse… Beaucoup de confidences, une belle proximité s’installe pour celles et ceux qui ont voulu prolonger la conversation ouverte par mon livre.

3 Sur la couverture de votre livre,  vous et votre père au lendemain des élections législatives de 2017, quel a été son rôle dans votre engagement ?

Il est central. Mon premier modèle d’engagement, c’est lui. Malgré son français hésitant, il a toujours été engagé et tourné vers les autres. Ce fût le cas quand il a quitté son Maroc natal lorsqu’au moment de son départ depuis Casablanca, il s’est improvisé tuteur pour ses autres acolytes de voyages, comme tout au long de ses expériences professionnelles en tant que délégué syndicale. J’ai été élevée avec le souci du collectif et le respect des personnes. Avec mes parents, la solidarité, c’est au quotidien que nous la pratiquions.

Par ailleurs, lors de mes différents campagnes, il a aussi contribué de façon très concrète : le premier à tracter sur les marchés, à mobiliser ses réseaux, à aller à la rencontre des commerçants. Il n’a jamais raté aucune de mes prises de paroles publiques ni meeting. Le premier à arriver, le dernier à partir.

4 Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille d’aujourd’hui qui veut s’engager en politique ?

De foncer et de s’affranchir du regard des autres ! Quelle que soit la forme de l’engagement, la politique est noble quand on se rappelle pourquoi un jour on eu envie de s’engager. C’est ce qui m’a permis de tenir toutes ces années. FB_IMG_1625852513561



Tarek Aïtmeddour, Résister.

Tarek Aïtmeddour est le chorégraphe de Résister, interprété par la compagnie Colégram, , une création envoutante où les danseurs et les danseuses vêtus de robes blanches vous emportent dans le rythme de la vie. Résister dévoile la force des corps à se libérer malgré les contraintes, une métaphore de nos ambivalences, de notre capacité à dire non aux diktats. La force des phrases dansées vous enivre. Résister devient alors hautement poétique, emballement des corps qui s’aiment, se repoussent, se rencontrent et se cherchent.
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Quel est votre parcours et quelles sont vos influences?
Mon parcours débute avec le judo, n’ayant pas eu le choix, j’ai du m’initier à la philosophie des arts-martiaux. Je dois reconnaitre que cela m’a beaucoup apporté, dans ma perception du mouvement, dans ma perception du toucher et dans mon ancrage entre autre. Par la suite, je m’émancipe en rejoignant une école professionnelle de formation de danse, à Paris, où j’apprends une danse multiple, urbaine, académique, riche. Je rencontre de plus en plus de chorégraphes tel que Claude Brumachon qui va venir affirmer mon désir de travailler auprès de lui. Chose faite, deux ans plus tard j’intègre le CCN de Nantes et le travail de répertoire de la compagnie. Plusieurs expériences jalonnent mon parcours, des opéras tel que Iphigénie en Tauride au théâtre des Champs Elysées avec Philippe Giraudeau, des créations tel que Alcione à l’opéra comique avec Raphaelle Boitel, ou des laboratoires expérimentaux tel que Danceline au Royal Opera de Londres avec Kim Brandstrup. Au gré de toutes ces aventures, je finis par créer en 2016 ma propre compagnie, Colégram, et commence alors un travail de recherche, de créations, de répertoire et de projets de médiation.
2/ Il se dégage beaucoup de force et d’énergie dans votre spectacle, comment s’est déroulé le processus de création?
Le processus de création de Résiter trouve son origine dans la vidéo qui a fait connaitre le projet auprès de 2 millions d’internautes. J’avais le désir de parler de femmes et d’hommes comme s’ils n’étaient qu’un. des inspirations de figures emblématiques telles que Rosa Parks, Gandhi. J’avais ce besoin incompréssible de traduire cette urgence de voler, de s’immobiliser, de s’aimer. De cette création vidéo découle l’envie de créer la pièce au plateau. Et c’est parti. Quatre semaines de création, huit danseurs interprètes, et la première de Résister le 26 octobre 2019 au théâtre de Nevers.
3/Racontez-nous les origines de votre compagnie, Colégram:
Colégram nait du désir de créer, de partager, de transmettre et d’aider. Je crée la compagnie en 2016 mais l’activité démarre deux ans plus tard. Je manquais de structure pour avancer, mais ma rencontre avec Cécile Combaret a tout changé.
Elle est depuis la présidente et la bonne fée de cette compagnie.
La compagnie explore dans ses créations de répertoire, mais également dans ses ateliers et ses projets de médiation.
J’ai pensé Colégram comme une pouponnière de création mais aussi comme un vecteur de pédagogie et de transmission à travers nos interventions, dans des Ehpad, des Cao, et établissements inclusifs.
4/ En tant qu’artiste et surtout danseur,comment vivez vous cette pandémie ?
il est évident que la crise sanitaire que nous traversons impact de manière majeure tout notre équilibre, notre si fragile équilibre.
En tant qu’artiste, chorégraphe et interprète, je dois avouer que de ne pas danser me manque au plus au point. Qui plus est, tout artiste subit le manque cruel de ne pas partager son art à autrui – là est l’essence même de l’art : l’artiste se soulage, le spectateur se guérit.
J’aime à croire que toute cette frustration stimulera la création à venir, néanmoins, je crains la porte de sortie pour nombreux artistes, talentueux de surcroit.
Je tente de garder une hygiène de vie saine, de rester patient et philosophe, de prendre soin de moi pour repartir chargé et plus fort. je réorganise d’ors et deja le planning à venir.
Difficile d’être inspiré en tout cas serein dans de telles conditions, mais de cela, nait l’envie d’aller de l’avant et de créer et toujours danser, toujours.
5/Quels sont vos projets pour après?
Les projets à venir sont nombreux, d’abord dus aux reports mais aussi des projets de création.
J’étais en pleine création pour Le Bal (ma prochaine pièce pour 4 interprètes) quand nous avons du tout arrêter, reportée au 18 février 2022 à Nevers. Je suis en train de créer Ventisei, un personnage mystérieux, que j’incarne dans un solo de 20 minutes, en collaboration et co-écrit avec Sébastien Amblard, comédien et metteur en scène.
Par ailleurs, la compagnie prépare le projet Cycles, un documentaire réunissant jeunes et moins jeunes, dans des ehpad, pour  raconter la beauté de la vie dans ce pont bilatéral entre jeunesse et vieillesse, l’amour, la chair, la vie de ces corps qui se parlent, qui s’écoutent, qui prennent le temps de danser et qui définitivement ont besoin les uns des autres.
Je travaille également auprès de l’orchestre de chambre de paris, en tournée dans la pièce BaBy Doll, et pour finir je réorganise les dates de la compagnie pour Tawam, Résister, Le Bal et Ventisei, chance que les théâtres nous ayant achetés nos spectacles nous les reprogramment. Mais jusque qu’en ?
Voila toute la patience qu’il va falloir cultiver.


Au passage des artistes (https://aupassagedesartistes.fr/)

Au passage des artistes (https://aupassagedesartistes.fr/), met en lumière comme son nom l’indique celles et ceux qui font du monde du spectacle un enchantement. Djazia Benabiles, la fondatrice du site aime à arpenter les salles parisiennes pour recueillir les confidences de celles et ceux connus et moins connus qui portent en eux la passion du spectacle. A son tour, de se dévoiler un peu dans Les Chroniques. 

Vous êtes originaire d’Algérie, pouvez vous nous raconter votre arrivée en France ?

En effet, je suis née en Algérie, un Pays que j’ai quitté en 1999 avec déchirement il y’a 21 ans ( comme le temps passe vite), je n’avais aucun projet de départ jusqu’à ce que la vie et plusieurs événements en ont décidé autrement, un mariage avec un étudiant résidant à Paris, le terrorisme et l’insécurité de l’époque, la montée de l’islamisme, accompagné du fanatisme, j’attendais mon premier enfant, à dire vrai, je rêvais pour lui un meilleur avenir, ma jeunesse fut merveilleuse dans mon pays, l’avenir s’annonçait moins rose hélas.
J’ai pris donc mon courage à deux mains, et j’ai tout recommencé ailleurs, je dis recommencer, car
j’ai été en situation irrégulière au départ, mais mon choix était fait, il n’est pas question pour moi de
pleurer sur mon sors, au contraire, je suis fière de tous mes choix, à ceux qui lisent cette interview :
allez jusqu’au bout de vos ambitions ! Attention, je n’encourage personne à franchir les limites de la
loi, simplement pour arriver à ses fins il faut du courage !
J’ai décidé de changer de vie, pas de l’améliorer, la mienne chez moi était bien plus confortable, en
France, je voulais être une femme LIBRE, le poids et le jugement de la société et des lois
conservatrices est parfois bien plus lourd que la mort !
Je vis depuis à Paris, entre deux rives mon cœur ne chavire pas, il est paisible et heureux, j’ai cette
merveilleuse chance de bénéficier de deux cultures, elles sont complémentaires et jamais en
opposition…

Depuis quand existe Au passage des artistes, à quelle demande le site répond-il ?

 J’étais animatrice et réalisatrice Radio, grâce à mon Papa j’ai appris le plus beau métier monde,
avant de nous quitter, mon père m’a laissé le plus beau des héritages : la Liberté et la Radio .
Je suis tombée amoureuse de ce métier grâce à lui, il était réalisateur à Alger Chaîne 3, après mon
départ d’Alger, en plus du manque de ma famille, de mes amis et de la mer, mon métier me
manquait terriblement, j’ai essayé de retrouver un emploi dans une radio en vain, après plusieurs
belles expériences professionnelles, j’ai décidé de prendre mon envol en créant mon site :
« Au Passage Des Artistes », dédié à l’art vivant et à la culture.
L’idée du magazine est de mettre en valeur les artistes, ils sont l’épicentre de tous les sujets
développés sur mon site, je raconte leur parcours, leur actualité, leurs projets à travers des
interviews, j’emprunte le chemin AU PASSAGE DES ARTISTES avec mon invité, en donnant envie aux
lecteurs de découvrir des spectacles et des concerts. Le spectacle vivant est en grande détresse, il a
plus que jamais besoin que nous soyons présents une fois que les portes des salles de spectacles et
des Théâtres seront à nouveaux ouvertes .
Je m’efforce via mon site AU PASSAGE DES ARTISTES que les événements soient connus du public, je
réalise des billets pour résumer les pièces que je vais voir, je donne sobrement mon avis, je ne suis
pas critique, ni une professionnelle dans le domaine, j’aborde avant tout l’émotion procurée lors de
la représentation, j’aime simplement contribuer à la promotion du spectacle vivant, je tiens
tellement à ce que celui-ci reste vivant, si mon site donne envie de sortir à une personne afin de
découvrir une œuvre, j’aurai tout gagné !

Quels artistes ont créé chez vous une vraie émotion ou lesquels vous ont le plus fait rire ?

Chaque échange avec mon interlocuteur est une émotion, chaque moment passé avec un
passionné est un enrichissement absolu, mes interviews sont toujours réalisées avec respect et
sincérité, le nouveau monde dicte ses règles quant à l’audience, pour ma part je ne cherche pas le
scoop, je vais creuser dans les souvenirs, les anecdotes, j’évoque le parcours des artistes, c’est leur passion avant tout qui m’intéresse, alors forcément, lorsque nous cherchons l’essentiel chez les autres les échangent prennent de la valeur. J’ai la chance d’avoir des Parrains merveilleux, des artistes qui ont fait confiance à mon travail, Chimène Badi et Olivier Lejeune sont pour moi des êtres de cœur, j’ai été très touchée par leur bienveillance, un artiste qui me fait rire ( bien plus que les autres ) est sans conteste : Alil Vardar, un auteur exceptionnel, un parcours fabuleux, je conseil à tous d’aller voir ses pièces .

Plus jeune, c’est Pierre Bellemare qui m’a donné envie de raconter des histoires, j’ai eu la chance de réaliser une interview avec cet immense Monsieur de la radio et de la TV avant sa disparition. J’ai eu la chance de faire de très belles rencontres.

Quel message voudriez-vous transmettre aux artistes ?

 J’ai créé ce site afin de participer à rendre hommage à la créativité, les artistes sont essentiels à notre vie, je vais au Théâtre car la nourriture de ma pensée est aussi essentielle que celle de ma panse, un peuple sans culture est destiné à s’effacer, pour ma part je tiens à la vie, la culture est LA VIE.
Personnellement rien ne manque plus à ma vie depuis près d’un an que cette  émotion éprouvée grâce à un ARTISTE, ils sont pour moi, la meilleure des thérapies.
J’espère que cette parenthèse sanitaire nous aura appris à trouver le temps ( bientôt j’espère ) de pousser la porte des Théâtres.
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Nos vieux

FB_IMG_1585680552070La vie au temps du confinement ressemble à une parenthèse ouverte, le temps est ajourné. Chaque jour qui passe apporte son lot de décomptes macabres comme si nous étions tous embarqués dans une tragédie, la nôtre, celle des êtres que nous aimons et celle de l’humanité tout entière. Nous formons aujourd’hui tous une communauté d’êtres fragiles, nous pouvons tous être de supposés vecteurs de propagation de la maladie. Il semblerait pourtant que nous ne soyons pas tous égaux devant la maladie…

Nombreux s’en sortiront et guériront  mais les plus fragiles seront emportés. Nos anciens en font partie.  Je parle de tous nos vieux, de tous ceux qui ont jalonnés notre mémoire de sagesse, d’adages et de coutumes. Je pense à toutes les personnes âgées du monde mais particulièrement aux immigrés, à ceux qui ont tout quitter jeunes pour un ailleurs des possibles et qui aujourd’hui dans leur vieillesse font face à l’impensable.

Ainsi comme le fait remarquer Salem Fkire, président de CAP SUD MRE, tous les immigrés ne sont pas logés à la même enseigne. Il évoque en particulier les Chibanis qui n’ont pas fait le choix du regroupement familial, « on peut dire que nos Chibanis qui résident dans les foyers sont les plus touchés par ce confinement car déjà confinés dans la solitude et l’éloignement de leur famille en temps normal, aujourd’hui, c’est la double peine car isolés en plus de l’extérieur ! ».

Être enterrés dans le pays d’origine est inscrit dans le récit de vie, de « nos pères et de nos mères », que nous français choisissions la terre qui nous a vus naitre comme dernière demeure, ils l’ont accepté. Mais eux, ils ne l’ont pour la plupart jamais envisagé. Salem Fkire s’accorde à penser que « nos vieux » sont aujourd’hui inquiets, au-delà du confinement, « leur souci est beaucoup plus macabre, ils s’interrogent beaucoup sur leur fin, s’ils décèdent pourront-ils être rapatriés ? ».

A Marseille, le covid-19 a emporté plusieurs comoriens. Interrogé, Ben Amir Saadi Jri, co-fondateur à 00269-Le Média des Comoriens du Monde et PDG à Maana Sport, fait remarquer que les personnes âgées qui viennent des Comores, « vivent cette pandémie comme toutes les autres personnes dites à risque, avec une grande crainte. Les femmes et les hommes qui avaient des habitudes de rencontres, souvent le week-end dans nos us et coutumes et qui se trouvent confinées, c’est difficile. Mais le drame dans le drame, c’est lorsqu’elles apprennent le décès d’un des leurs et qu’elles ne peuvent pas aller voir les proches pour leur présenter les condoléances et assister au rite funéraire ».

Il en résulte forcément que nos vieux en deviennent plus vulnérables psychologiquement. Dans mon entourage proche, certains n’arrivent plus à se sustenter, absorbés par le scénario cauchemardesque d’une sépulture anonyme.

Pour eux et pour tous, restons chez nous.

NG

 

 

 



Restez chez vous et Lavez-vous les mains.

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Confinement dans la cité

Le confinement a bouleversé nos rythmes. Forcés de rompre avec nos habitudes, la réclusion nous a permis de modifier ce paramètre de nos vies jusqu’alors immuable, le temps.

Finie la course éperdue, le Covid-19 a ralenti notre empressement, les contraintes se sont amenuisées. Les enjeux sanitaires ont remis en question la gestion de notre quotidien et de nos nécessités. Il a pointé du doigt une vérité que nous avions négligé, emportés par le flux toujours plus tendu de nos vies, rien ne compte plus que la santé.

De notre esprit, les obligations se sont échappées. Le repli chez soi avec les siens a évacué derechef les fioritures de notre existence, une sorte de parenthèse qui nous oblige à nous recentrer sur nous, vers soi.

Il m’a semblé souvent inutile de rappeler aux autres d’où je venais pour éviter d’être enfermée dans une seule et unique case, celle de mes origines. Pourtant, je peux le dire fièrement, j’ai été une enfant des cités qui a grandi au troisième étage puis au sixième d’un appartement avec la même vue sur le béton.

Pourtant, cet environnement m’a offert une enfance joyeuse. Nous avons été chanceux mes quatre frères, ma sœur et moi, nourris à l’amour infini d’une mère beaucoup trop jeune. Il nous était parfois difficile de donner son âge, de peur des moqueries. Pourtant notre mère avait l’éclat de sa jeunesse. Mon père quant à lui, il a toujours représenté l’autorité, celle qui se diffuse dans la tendresse la plus absolue. Ils ont su nous hisser vers ce qu’on appelle la « beurgeoisie ».

Nous avons tous quitté depuis bien longtemps la cité, ses immeubles uniformes et ses aires de jeux pavées. Qu’en est-il des autres ? Qu’en est il de ceux que j’ai connu et qui n’ont pas pu quitter la cité par choix ou par nécessité ? Leur sort m’a inquiété. Je les avais oubliés et les événements m’ont rappelé à eux comme un retour à mes racines, indispensable.

J’ai alors contacté J. sur les réseaux sociaux. Je lui ai expliqué que je voulais écrire sur la cité au temps du Corona Virus. Elle a accepté que je m’entretienne avec elle par téléphone. J. a l’âge de ma petite sœur, presque quarante ans, elle est maman de deux filles.

J.  officie dans le secrétariat, elle enchaîne les CDD et son mari est manutentionnaire. Je cherche à savoir depuis quand est-elle confinée ? Elle hésite à me répondre, je la rassure, je ne suis pas journaliste, c’est juste pour savoir si la mesure de confinement est bel et bien respectée par tous. Elle répond un peu honteuse, lundi soir.

Quand j’évoque avec elle l’approvisionnement, elle répond, « j’ai entendu dire que les gens se battaient et je ne voulais pas que mes enfants assistent à des scènes de violence. ». Alors, tous les deux jours, elle continue à faire ses courses chez l’épicier du coin, « c’est un peu plus cher mais les gens ne se battent pas. En revanche, les distances de sécurité ne sont pas respectées. Il faut bien que je sorte, les horaires de travail de mon mari ne lui permettent pas de prendre un temps pour les courses ».

Qu’en est-il de la vie dans le quartier ? A l’extérieur, les habitants sont ils toujours aussi nombreux à se déplacer dans les allées ? J. est catégorique, « il y a beaucoup moins de squattage ». Cependant, elle déplore l’attitude des « chibanis » (personnes âgées), il semblerait qu’ils ne prennent pas au sérieux les mesures de confinement, « ils ont besoin de leur routine ».

Elle me détaille ses journées depuis mardi matin, elle s’est fixée un emploi du temps strict. Je lève les filles à 9h pour qu’elles prennent le temps de déjeuner. A dix heures c’est vidéo conférence avec l’enseignant de l’une, à 11h avec l’enseignante de ma cadette. « Je trouve les vidéos conférences géniales, cela nous permet aux filles et à moi d’avoir un repère. Mais je n’ai pas d’imprimante à la maison, c’est difficile de rendre les devoirs qu’il faut scanner. A midi, on déjeune, l’après-midi, j’ai instauré un moment calme puis un peu de télévision. A seize heures, on reprend les devoirs ».

J’en profite pour lui demander des nouvelles de sa maman que je sais très malade, « elle n’a plus d’infirmière, à cause du corona virus. C’est moi qui pique maman tous les jours, elle a besoin quotidiennement de son insuline. Les aides ménagères ne passent plus, je me charge également de son ménage ».

J. ne semble pas inquiète outre mesure, elle prend les choses avec beaucoup de sérénité. Je lui promets de ne pas divulguer son identité, je la remercie. Finalement, le confinement m’aura obligé à prendre des nouvelles des miens. Le quartier, c’est aussi d’où je viens.

NG

 



Lire Mabrouck Rachedi

Je connais Mabrouck depuis cinq ans, et à ma grande honte, je n’avais jamais rien lu de lui. Faute avouée paraît-il , faute à moitié pardonnée, du moins c’est ce que nous dit l’adage pour alléger le poids de notre culpabilité. Alors Mea Culpa !

Bien décidée à réparer mon tort, dès que j’ai eu vent de la publication du dernier roman de Mabrouck, j’ai eu une envie impérieuse de réparer une injustice, celle de ne jamais avoir ouvert le Petit Malik dont j’ai pourtant si souvent entendu parlé.
Krimo reçu, j’ai écrit à Mabrouck pour lui dire que j’allais me plonger dans la lecture de son roman, il m’a répondu sur un ton humoristique, « je ne veux pas te gâcher tes vacances »…
Cette réplique me prit au dépourvu, fit naître en moi quelques craintes, un livre a-t-il le pouvoir de mettre à mal des vacances ? Et si cela était le cas ? Il est vrai que les mots sont à la source de nombreuses dissensions. Souvenons-nous des débuts de l’humanité, de ce premier « Aïe ! » hurlé , après l’invention des premières étincelles qui brûlèrent les doigts du premier homme ingénieux. A l’instar de ce premier homme qui a grillé son premier mammouth, je refusais la défaite, j’allais me plonger dans la lecture de Krimo !
N’écoutant que ma curiosité, me sentant l’âme d’une aventurière, j’ouvris courageusement le livre…
Et… Mabrouck a la formule pour nous mettre les mots à la bouche. Dès la première page , il nous tient en haleine , impossible de lâcher Lila, pourquoi se rend-elle au Japon ? pourquoi son petit frère Krimo est-il décédé et pourquoi avait il fait le choix de l’incinération ? Pourquoi Lila a-t-elle accepté d’aller outre les préceptes de sa propre religion pour honorer la mémoire d’un frère qu’elle aimait plus que tout ?
J’ai lu Krimo d’une traite, Mabrouck Rachedi a l’art des mots qui disent la réalité ardue des quartiers sans tomber dans le misérabilisme. Il décrit le désespoir, les circonstances qui mènent certains jeunes de la cité à la délinquance, les promesses qui peuvent mener au néant. Mais, Il évoque avec luminosité les rencontres qui changent un destin, la légèreté des sentiments. Et surtout à travers ses personnages, il invite à aller vers nos semblables , il demande poétiquement à ses lecteurs d’aller à l’aventure de l’autre, parce que ce qui nous unit avant tout c’est notre humanité.IMG_20200115_201112Allons donc tous au Japon pour suivre Lila !



Bonne année 2020

« Je vous souhaite de souhaiter.
Je vous souhaite de désirer.
Le bonheur, c’est déjà vouloir.
Comme en droit pénal, l’intention vaut l’action.
Le seul fait de rêver est déjà très important.
Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir.
Et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer,
et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil,
et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement,
à l’indifférence
et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour,
car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.
Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux,
car le bonheur est notre destin véritable. »

Jacques Brel 

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A la rencontre d’Alice Masson

IMG_20191124_145957_01Nous avons interrogé Alice Masson, l’autrice de Modern Love aux éditions Spinelle.

Résumé

Quatre histoires courtes plus différentes les unes que les autres : une romance moderne, un conte écolo-initiatique, un conte pour enfants intelligents et un polar historique.

Modern Love : un coup de foudre entre deux personnes que tout oppose. l’amour sera-t-il plus fort que la différence ? Le présent de la lune : La lune a envoyé un bien drôle de présent à une tribu d’indiens d’Amérique du Nord… A moins que ce ne soit un cadeau empoisonné. (D’après une histoire vraie). A l’école des vampires : Je m’appelle Emile et j’ai bientôt 6 ans ! Je dois vivre avec mon grand frère dans une cave pour m’entraîner à devenir un vampire. Le croustilleur de Versailles : 1661, Versailles. Un meurtre atroce vient d’être commis. Le sieur Touques, commandant des escouades de la Maréchaussée du Roy mène l’enquête.

Question à Alice Masson

Quand on vous lit, on a l’impression que vous puisez votre inspiration dans des mondes différents  :

A la base, j’avais envie de raconter des histoires courtes pour faire plaisir à ma fille qui se plaignait toujours que les romans sont trop longs, qu’elle a du mal à plonger dans une histoire et refermer le livre et le rouvrir plusieurs jours après. Elle avait envie de lire des histoires d’une seule traite, en vingt minutes chrono ! Alors j’ai pensé écrire des nouvelles, dans des univers différents, traitant de thèmes intemporels comme l’amour, la différence, l’écologie, l’enfance, la vengeance… Voilà pourquoi mon recueil de nouvelles Modern Love regroupe quatre histoires aux univers si différents.

Pourquoi avez-vous le choix d’un ouvrage sous forme de nouvelles ?

J’ai choisi d’écrire des nouvelles par défi pour moi-même. C’est un genre très particulier, avec des codes précis et une exigence de style très rigoureuse qui correspond à mes recherches d’écriture. Ce niveau d’exigence en ce qui concerne la concision et surtout la chute qui doit être inattendue m’a beaucoup plu. J’ai beaucoup travaillé sur la précision des mots par exemple dans la deuxième nouvelle pour essayer de retranscrire le mode de vie et les croyance des indiens native d’Amérique du Nord. Pour la dernière nouvelle qui est une enquête policière qui se déroule à l’époque de Louis XIV, je me suis régalée à utiliser les tournures de phrases à la manière de Madame de Sévigné !

Avez-vous d’autres projets littéraires?

J’ai commencé à écrire un roman feelgood historique ! Une histoire de vengeance qui se déroule entre la fin du XIXème et la première partie du XXème siècle, quand la grande Histoire impacte l’histoire des gens, avec comme fil rouge l’évolution psychologique de mon héroïne à qui il arrive de très nombreuses aventures…

Mais à propos d’aventure, celle de Modern Love continue avec ma participation à deux salons majeurs dans ma région : le Festival du Livre de Marseille qui se tiendra au Parc Chanot les 7 et 8 décembre 2019 avec comme co-présidents Aurélie Valognes et Eric-Emmanuel Schmitt. Et l’Autre Festival d’Avignon, le Festival qui ouvre les livres… qui aura lieu au Palais des Papes du 7 au 9 Février 2020.



A la rencontre d’Ahcène Hédir

IMG_20191124_150205_01Ahcène Hédir est l’auteur du roman LES RÉFUGIÉS DU CAP CAXINE –

Extrait

« Ses grands yeux noirs, son sourire radieux, presque naïf, sa bouche, d’une délicatesse et d’une pureté enivrantes, illuminaient un visage qui s’allongeait vers un menton légèrement saillant, légèrement creusé, mais bien homogène, ce qui en rendait la chute pleine de douceur. Ce corps, cependant, ne pouvait montrer la violente passion qu’elle éprouvait pour son pays. Une passion qui la brûlait de l’intérieur… »

 Quatrième de couverture

Retirés au phare Cap Caxine, trois hommes insolites et rebelles exhortent Nejma, une jeune journaliste, à mener une enquête sur des massacres effroyables qui ont coûté la vie à des centaines de civils. Assez vite, la journaliste est confrontée à deux souvenirs, celui d’un garçon au sourire candide, et celui d’un photographe étrangement disparu qui lui adresse, par l’intermédiaire d’un sourd-muet, des lettres dialectiques… Révélée à elle-même sous un nouveau nom, la journaliste mène sa propre enquête et accède peu à peu à une maturité et une identité propre… Parviendra-t-elle cependant à échapper à l’emprise du photographe hégélien qui pensait se servir d’elle ? Peut-elle imaginer un instant ce qu’est devenu Hillel, ce garçon timide au regard plein de feu ? Les réfugiés du Cap Caxine est le Tome II d’une trilogie publiée dans un sens chronologique inversé. Le Secret (Tome I) est paru aux éditions 5 Sens.

 

Questions :

 Pourquoi avez-vous décidé de traiter de l’Algérie et plus particulièrement des années noires ?

C’est une période que je n’ai pas vécu. Je suis parti d’Alger plus tôt. Ce roman est largement documenté. J’ai passé plus de six mois à lire d’abord pour me mettre en situation et me soustraire ensuite pour essayer de comprendre.

La question principale que je m’étais posé au tout début est la suivante :

Pourquoi certains jeunes sont devenus des tueurs sans pitié, alors que d’autres, ayant vécu à priori dans le même espace et la même période, ont choisi l’autre monde, celui de Nejma.

Je ne prétends pas avoir répondu à cette question avec certitude mais j’espère avoir donné certaines pistes exploitables. Je dis simplement que nous avons manqué de deux choses essentielles : une pratique sérieuse de la psychologie et un enseignement de qualité dans le domaine de la philosophie.

Les femmes ont une grande place dans votre roman, pouvez-vous nous les décrire ?

Vous avez tout à fait raison de déduire que le rôle assumé complètement que je concède à la femme dans ce roman est primordial. Je l’imagine conquérante. On retrouvera cela dans tous mes romans les 05 écrits et les deux publiés. Dans le troisième qui j’espère sera publié dans les mois à venir je le dis sans détour : l’avenir prospère et moderne de l’Algérie dépend du degré d’émancipation de la femme et son combat pour sa liberté.

Dans Les Réfugiés du Cap Caxine, Hor a été arraché à son destin de femme heureuse, Nejma a réussi à dépasser l’héritage des traditions familiales pour créer son propre monde. Rien n’est possible sans les femmes … Le bon ou le mauvais. Je voulais dire enfin que la responsabilité de la femme est plus que jamais énorme. Mais j’ai voulu aussi lui dire que c’est possible.



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